le cours des choses

Notes à la marge

En attendant l’apocalypse thermonucléaire : relire Géopolitique de l’hibernation

Publié le 3 Septembre 2017

 

En attendant une énième pantalonnade de Trump ou l’holocauste nucléaire, il n’est pas inutile, puisqu’on nous parle de  « crise des missiles », de relire, à l’aune de la situation actuelle, l’article « Géopolitique de l’hibernation » paru en avril 1962 dans le N°7 de l’Internationale Situationniste.

Notons qu'il fallait effectivement pas mal de prescience, la crise de Cuba ne s’étant effectivement déroulée que six mois plus tard, pour écrire à l’époque :

« L’ « équilibre de la terreur » entre deux groupes d’États rivaux, qui est la plus visible des données essentielles de la politique mondiale en ce moment signifie aussi l’équilibre de la résignation : pour chacun des antagonistes, à la permanence de l’autre; et à l’intérieur de leurs frontières, résignation des gens à un sort qui leur échappe si complètement que l’existence même de la planète n’est qu’un avantage aléatoire, suspendu à la prudence et l’habileté de stratèges impénétrables. (..) Les deux camps ne préparent pas effectivement la guerre, mais la conservation illimitée de cet équilibre, qui est à l’image de la stabilisation interne de leur pouvoir. »

L’équilibre de la petite frappe

Si tout cela pourrait s’appliquer effectivement assez bien à l’autocrate nord-coréen, on pencherait plutôt dans le cas de Trump pour une « manie de la disruption » cachant mal un surplace qui commence même à sérieusement inquiéter toute une partie de la ploutocratie qui croyait à la «divine surprise » et voit désormais s’éloigner les baisses d’impôts. L’annonce le même jour de l’essai nucléaire, d’un possible retrait américain de l’accord de libre-échange signé avec la Corée du Sud, pourrait laisser croire à une manoeuvre machiavélique dans le petit jeu mené, au sujet du commerce, avec la Chine mais l’impuissance cafouilleuse qui caractérise l’administration Trump depuis le début, a de quoi décourager le plus acharné des conspirationistes. Bref si, bien évidemment, personne ne veut la guerre, on est loin de la « belle totalité » de feu  « l’équilibre de la terreur » mais plutôt proche d’un compromis multipolaire : « Le Nord sait que personne ne souhaite sa disparition à court terme. Ni la Chine qui a fait main basse sur ses ressources naturelles. Ni les USA, qui, grâce à Pyongyang, sanctuarisent leur budget de la défense* et légitiment leur présence militaire au Sud. Ni le Japon, peu favorable à une Corée réunifiée qui serait un redoutable concurrent. Ni même la Corée du Sud, qui sait que la facture de la réunification minerait sa prospérité (…) » Pascal Dayez Burgeon in Le Monde 09/04/2013 La stabilisation interne dont parle l'IS était certes celle de l'époque révolue d'une relative étanchéité des rapports sociaux domestiques, qui ne concerne même plus l'État-ermite nord-coréen.

* : Trump vient en effet de lancer un couteux plan de renouvellement de l’armada nucléaire américaine, notamment les missiles balistiques intercontinentaux pouvant être tirés depuis des silos éparpillés aux États Unis. Un précédent secrétaire d’État à la défense de Bill Clinton, William J Perry les a justement qualifiés de « reliques de la guerre froide », du fait notamment des conditions lugubres de travail des soldats chargés de la bonne marche de ces silos.