le cours des choses

Notes à la marge

Notes sur Trump (5/d) , au fil des nominations...

Publié le 26 Février 2017

 

Ces chères têtes blondes...

La nomination in extremis de Betsy De Vos, une milliardaire « philanthrope » proche des chrétiens fondamentalistes et ennemie bien connue des syndicats, au poste de secrétaire à l'éducation indique on ne peut plus clairement que c'est la privatisation de cette dernière qui est à l'ordre du jour. De Vos se bat en effet depuis des décennies pour promouvoir les « chèques éducation », qui consistent à donner de l'argent public aux parents pour qu'ils inscrivent leurs enfants dans des écoles privées. L'idée vient (comme d'habitude !) de Milton Friedman et de son livre Economics of the public Interest paru en 1955 soit un an après l'arrêt de la cour suprême ( Brown v. Board of Education) qui a lancé la déségrégation scolaire aux États-Unis. Dans The rise and fall of School Vouchers : A story of religion, race and politics, James Forman rappelle que par la suite, c'est l'arrêt de 1962 de cette même Cour suprême jugeant inconstitutionnelles les prières en classe et l'enseignement de la bible à l'école, qui a, en même temps que la déségrégation, donné le coup d'envoi de guerres scolaires qui allaient se dérouler jusqu'à la création des premières « charter schools » ( écoles privées) au tournant des années 90. L'idée venant cette fois ci de Albert Shanker... qui a dirigé l'AFT, le plus grand syndicat des enseignants américains de 74 à 97. La « charterisation », quoique soutenue par une coalition de fondations philanthropiques de divers milliardaires ( dont Bill et Melinda Gates par exemple) n'a progressé que par à-coup jusqu'ici, via notamment la stratégie du choc ( ainsi à la Nouvelle Orléans après Katrina ou plus récemment à Detroit sous l'égide de De Vos). Pourtant comme le notait le gérant d'un fond d'investissement «  c'est un business très stable, très résistant à la récession. C'est un produit fortement demandé. Il y a 400 000 enfants sur les listes d'attente.(...) Ce sont les États qui paient, et si vous faites du business avec des États ayant des finances saines, c'est un business très solide. » Car si en effet, la grande majorité des charters school sont « no-profit », elles intéressent notamment les promoteurs immobiliers et autres vautours...

Autre nomination significative celle de Jerry Falwell, président de la Liberty university, à la tête de la « task force » chargé de déréguler l' éducation supérieur. On sait que Trump s'était illustré dans ce business « universitaire », mais ses « affaires » semblent anecdotiques au vu des évolutions récentes. En 1995, 500 000 personnes étudiaient dans des universités « for profit », une petite part des 15 millions d'étudiants que compte le pays mais en 2010 le chiffre est désormais de 2,4 millions. Et toute cette industrie ne vit que des prêts étudiants qui ont quadruplés en 15 ans et atteint le trillion de dollar notamment du fait de l'explosion des couts de scolarité ( +1100% en 30 ans). Les républicains se sont engagés à défaire toutes les régulations mises en place sous Obama, qui avaient notamment provoqué la faillite de grandes entreprises d'enseignement privées ( Corinthian colleges et ITT technical institute), faillite qui avait laissé des milliers d'étudiants sur le carreau, sans diplômes mais surendettés.

«Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons» disait l'autre, mais il semblerait que là aussi Trump fasse mentir l'adage puisque son élection et la nomination de Jeff Sessions comme nouveau ministre de la justice ont provoqué une hausse spectaculaire des actions de l'industrie pénitentiaire privée ( + 43% pour le premier groupe du pays la Corrections Corporation of America) qui compte bien notamment profiter de la grande opération anti-migrants pour étendre ses parts de marché dans la rétention d'étrangers indésirables.

Il semble désormais assez clair qu'au-delà de quelques rodomontades en politique étrangère l'administration Trump a surtout des objetcifs spécifiquement domestiques et qu'elle va consister cahin-caha en un stade nouveau et caricatural de restructuration néo-libérale, la fuite en avant dans la marchandisation des diverses instances de reproduction de la force de travail. Mais, comme nous l'évoquons dans les notes éparses qui vont suivre, cette privatisation tout azimut ne fait qu'illustrer la convergence de diverses dynamiques bien plus pérennes.