le cours des choses

Notes à la marge

Travail/non-travail : angoisses américaines (VI)

Publié le 8 Novembre 2016

Encarsenenements

Dans son livre America's invisible crisis : Men Without work , Nicholas Eberstatdt, ainsi d'ailleurs que ses critiques, n'oublie pas de mentionner l'incarcération de masse comme un facteur déterminant du déclin du taux de participation à la force de travail des hommes américains. Il précise d'ailleurs que « seulement une petite fraction de tous les américains condamnés pour un délit sérieux sont actuellement incarcérés. Prés de 90% des tous les condamnés sont sortis de prison. ». Il estime ainsi qu'il y aurait 16 millions d'anciens condamnés, or les personnes étant passées par la prison sont celles qui ont le taux d'emploi le plus bas et le taux le plus élevé d'absence de la force de travail. Le fait d'être poursuivi par son casier judiciaire ne facilitant bien évidemment pas les choses. Il y a fort à parier que c'est notamment du fait de cette « externalité négative » qu'une réforme modeste mais réelle (sur laquelle nous reviendrons) de cette machine à exclure qu'est l'État pénal, a été engagé ces dernières années.

Si, depuis le Vietnam, l'État américain a privilégié « la socialisation carcérale » cela s'est fait au détriment d'une autre de ses fonctions régaliennes puisque l'armée remplit de moins en moins son rôle de soupape et de pourvoyeuse d'emplois pour les moins diplômés, le nombre d'hommes sous l'uniforme étant passé de 2,7 millions au début des années 60 à moins d'1,5 million aujourd'hui. Un article récent du New-York-Times rappelait : «Depuis des décennies les américains qui servent sous les drapeaux se sont progressivement « ségrégés » de leurs compatriotes. Moins d'un 1% d'américains servent dans l'armée. Ceux qui s'engagent ont souvent des parents, des oncles ou des tantes qui ont servis avant eux, ils forment une sorte de caste militaire. Et sur les champs de bataille de l’après 11 septembre, ce sont les plus pauvres et les moins éduqués qui ont payés le tribut le plus lourd en termes de morts et de blessures. » Pas surprenant que la grande majorité de ces 22 millions de vétérans soit de fervents partisans d'un Donald Trump qui leur promet monts et merveilles.

Ainsi il semblerait qu'au travers de la candidature de ce dernier, dont l'autonomisation par rapport aux canons de la doxa du parti républicain exprime la crise « finale » ( voire la victoire à la Pyrrhus) d'une articulation entre classe, genre et race qui avait fait « les beaux jours » de la classe ouvrière blanche ou au travers des rendements fortement décroissants de l'État pénal, ce soient toutes les vieilles recettes et rafistolages du compromis néo-libéral (enfermement de masse et accession à la propriété, guerres culturelles et néo-impériales, etc..) qui se délitent en même temps...

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