le cours des choses

Notes à la marge

Travail/ non travail : angoisses américaines (V)

Publié le 3 Novembre 2016

Invalidité quand tu nous tiens !

Un des vecteurs classiques de gestion du non travail dans les capitalismes anglo-saxons sont les régimes d'invalidité, régimes dont l'histoire illustre bien les atermoiements qui ont scandé les différentes phases de la restructuration.

Le US Social Security Disability Insurance Program ( SSDI ) , paye (les chiffres datent de 2011 soit avant la «sortie de crise » sic) une allocation mensuelle à 8,4 millions de travailleurs invalides et à 2 millions de conjoints dépendants. Créé en 1956, le programme a vu dés la fin des années 70 ses conditions se resserrer. Ce qui avait été entamé par l'administration Carter fut poursuivi par celle de Reagan qui en implantant des programmes de contrôles très soutenus, fit sortir du régime d'invalidité prés de 400 000 bénéficiaires. Pourtant dés 1984, un coup d'arrêt significatif fut donné à cette « purge ». Au contraire, la réforme par le congrès cette année là, des procédures de contrôle ouvrit aussi le régime d'invalidité aux personnes souffrant de mal de dos, d'arthrose et de maladies mentales, ce qui a aboutit au doublement du nombre de bénéficiaires entre 89 et 2009, où on est passé de 2,3 à 4,9 % de la part des adultes ayant entre 25 et 64 ans considérés comme invalides. La reconnaissance des maladies mentales a joué un rôle important dans cette augmentation, d'autant plus qu’après la suppression en 96, dans le cadre de la démolition du welfare par Clinton, du statut d'invalidité pour les addictions aux drogues et à l'alcool, beaucoup des 210 000 allocataires ayant perdus leurs droits ont essayé de faire reconnaître des problèmes mentaux.

On imagine volontiers les hurlements que provoquent les « excès » de ce système chez les économistes puisque son cout a explosé et n'est largement plus couvert par les taxes prévues pour le financer. Selon eux « il fournit une très forte incitation à rester hors de la force de travail et dissuade les employeurs de mettre en œuvre des aménagements sur le lieu de travail » qui permettraient de mettre au boulot les invalides. Les mêmes constatent amèrement que les bénéficiaires ont de la patience puisqu'à force d'appels et de dépôts de dossiers « plus de 60% des personnes à qui on a refusé l'allocation finissent par l'obtenir à force de recours dans les dix ans qui suivent ; » ( The impact of disability benefits on labor supply NBER 2015). De même, le programme Ticket to work mis en place en 1999 et qui prévoyait que les allocataires pourraient garder leurs allocations tout en tentant une expérience de travail de 9 mois n'a aboutit qu'à 1400 intégrations pérennes sur le marché du travail !

Récemment l'État du Maine a voulu étendre un système permettant aux employeurs de payer les invalides sous le salaire minimum imposé par l'État, leur fournissant même une marge d'autonomie pour fixer eux-mêmes le taux d'invalidité, donc de salaires de leurs employés. Une piste pour la réforme de cette scandaleuse et pourtant bien nécessaire ( on ne peut pas incarcérer tout le monde n'est ce pas?) exemption de travail ?

Et puis comme le rappelait l'année dernière le ministre du travail de Cameron, en se réjouissant que 350 000 invalides avaient retrouvé du travail sous sa férule  : « Il y a quelque chose auquel on n'a pas prêté assez attention – c'est à quel point le travail est bon pour la santé. Le travail peut garder les gens en forme et permettre à ceux qui sont malades de la retrouver. »