le cours des choses

Notes à la marge

Travail/ non travail : angoisses américaines (IV)

Publié le 26 Octobre 2016

Du chômage et des jeux ?

Dans « Average is over », où il décrivait un monde refaçonné par la technologie dans un sens lourdement social-darwinien, Tyler Cowen estimait que la quasi dictature de son élite méta-connectée ne risquait pas de rencontrer de résistance de la part des plus pauvres car ceux-ci seraient désormais « trop obnubilés par leurs jeux vidéos pour allumer de vrais cocktails Molotov ». On peut le laisser à ses fantasmes, mais par contre une étude non encore publiée (Aguiar, et al. “Leisure and Luxuries and the Labor Supply of Young Men.”) et évoquée dans l'article Where Have All the Workers Gone?,soulignant la forte augmentation du non-travail chez les jeunes et particulièrement les moins diplômés (leur proportion a été multiplié par deux depuis 94), l'associe aux perfectionnements récents des jeux vidéos qui « maximiseraient l'utilité » des loisirs. Comme le commente un article du Washington Post : «  Si ces jeunes hommes- qui n'ont pas de diplômes- rejettent le travail, c'est qu'ils disposent d'une meilleure alternative : vivre à la maison et profiter des jeux vidéos. La décision n'est peut-être pas entièrement consciente mais des sondages suggèrent que les jeunes hommes en question sont contents de ce choix. «  Le bonheur a cru dans ce groupe, malgré la chute des taux d'emploi et la hausse du nombre de ceux qui vivent chez leurs parents. Et c'est une différence marquée avec tous les autres groupes. » dit Erik Hurst de l'université de Chicago qui a aidé à mener la recherche.

Les chercheurs ne disent pas que les jeunes hommes, éloignés du travail, se consacrent aux jeux vidéos. Ils disent que des jeux vidéos de plus en plus sophistiqués éloignent des hommes jeunes du marché du travail. »

Quand on sait que c'est cette catégorie de travailleurs peu ou non-qualifiés qui a été visée en priorité par l'automation et la globalisation de la production de ces dernières decennies, on peut aussi voir dans cette sedentarité techniquement suréquipée une (très) petite revanche...